Paris Match July 9, 2008
Interview with Empress Farah Pahlavi
By Caroline Pigozzi

The Empress lives between Paris and Washington. At the eve of the 30tth anniversary of their departure from Tehran Paris Match united them.
The Pahlavis at the Empress house near Washington. From left to right her grand-daughter Noor aged 16 eldest daughter of Prince Reza Pahlavi,
her father Reza Pahlavi, Princess Yasmine his spouse, their daughters Farah aged 4, and Iman aged 14.


Little Farah loves to paint.
Photos: Jean-Claude Deutsch

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FARAH PAHLAVI
                    “II est plus facile de cultiver I’art d’être  grand-m
ère que d’être impératrice et mère. Avec mes enfants, j’étais plutôt sévère’!

         UN ENTRETIEN AVEC NOTRE ENVOYEE SPECIALE A WASHINGTON CAROLINE PIGOZZI

         Paris Match: Majesté, avez-vous des regrets?
           Sa Majesté Farah Pahlavi. Non, pas vraiment... J’ai fait Ie maximum, avec les possibilités qui étaient les miennes, et grâce aux en-
         couragements de mon mari. Je me suis investie dans le social, la santé, les handicapés en particulier, la culture, l’environnement, l’éduca-
         tion, le sport. Quand nous sonmes entre nous, trente ans après, nous nous interrogeons toujours sur la revolution en Iran. Que s’est-il
         passé? Ou’aurions-nous du faire pour l’éviter?


       Paris Match: CeIa vous a-t-iI paru long, trente ann
ées d’exiI?
           La premiere fois que la reine Anne-Marie et le roi Constantin de Grèce étaient venus nous voir en Egypte, alors que nous ne savions
         pas encore si nous retournerions un jour en Iran, demandant alors
à la reine combien de temps cela Lui avait pris pour s’habituer à l’exil,
         elle m’avait répondu: “Six années. Cela me sembla une éternité !“ Or, trente ans, c’est plus d’une génération et, pourtant,
à mes yeux,
         c’est comme si cela s’était passé hier. Une curieuse impression,  partagée par beaucoup d’Iraniens. Au début, avant la revolution,
         les femmes en Iran étaient libres. Elles pouvaient travailler, porter le voile ou pas!
         c’était d’ailleurs très dur et humiliant. Nous avons quitté l’Iran le 16 janvier 1979 pour  l’Egypte, puis le Maroc, où nous avons appris
         que le gouvennement de Chapour Bakhtiar  n’avait pas résisté aux révolutionnaires. C’était le 11 février. Nous cherchions où aller.
         Nous sommes donc partis rapidement aux Bahamas. De là, nous avons rejoint le Mexique, puis New York pour l’opération de mon mari.
         Après la prise d’otages américains de novembre 1979, nous souhaitions repartir au Mexique, mais ils n’ont pas voulu de nous. En atten
dant, nous sommes
allés
à San Antonio, au Texas, puis au Panama et, de là, en Egypte, où mon man est décédé. Il y eut ensuite
l’assassinat du président Anouar el-Sadate... En Egypte, nous nous trouvions bien, nous nous  sentions plus chez nous qu’ailleurs, les enfants
                  s’y plaisaient beaucoup, nous étions très proches de La famille du président. J’aurais aimé y rester. Mais la mort de Sadate a tout
boulevers
é, on nous a conseillé de partir... C’est à ce moment-là que j’ai été prévenue par le président Reagan que nous pouvions venir aux
         Etats-Unis... J’ai pensé que ce serait bien pour la sécurité des enfants. C’est ainsi que Farahnaz, Reza et Ali-Reza y ont suivi leurs
        
études universitaires et qu’ils y sont restés à Washington, mais nous gardons nos traditions, notre langue. II est plus facile de cultiver l’art
         d’être grand-m
è
re que d’être impératnice et mère. Avec mes enfants, j’étais plutôt sévère.

        
Paris Match: QueI est, de nos jours, I’avenir des femmes en Iran?
           Ce sont elles qui souffrent le plus. En 1963, après le référendum de la “revolution blanche”, elles ont acquis des droits grâce
à leur
         combat et au soutien du roi. De nombreuses lois ont été votées au Parlement sur leur emancipation, l’interdiction de la polygamie,
         la permission de demander le divorce et de garder les enfants jusqu’à un certain age. Elles avaient aussi accès
à toutes les études.
Les salaires étaient identiques à ceux des hommes, elles pouvaient travailler où elles voulaient, étaient libres de porter le voile ou pas, de
pratiquer Leur religion comme elles le souhaitaient. Elles avaient surtout le droit d’être élues et de voter... Et maintenant,
         le prix du sang d’une  femme vaut la moitié de celui d’un homme! Une femme ne peut plus devenir juge parce qu’on pense qu’elle
         n’est pas assez juste ; le témoignage de deux femmes équivaut
à celui d’un seuL homme. La polygamie est autorisée et, pire que le voile
         qu’on les oblige
à
porter, il y a la lapidation...

 Paris Match: Peut-on, aujourd’hui, être une souveraine moderne?
           Les souvenains regnants sont tous très aimés de leurs contemporains, que ce soit les reines d’Espagne, de Danemark, de Su
ède, de
         Hollande, de Belgique, d’Angleterre. Au Japon, en Thailande, c’est un système beaucoup plus traditionnel. Savez-vous qu’aux Nations-
         Unies la majorit
é des Etats démocratiques sont des pays monarchiques, contrairement à
ce que pensent certains pour qui monarchie si-
         gnifie système autoritaire? Regardez l’Espagne, dont le roi Juan Carlos a si bien servi la démocratie! Bon nombre de futures reines
         sont, de nos jours, issues d’un autre milieu. Pounquoi pas? Le monde a changé.


         Paris Match: QueI est Ie secret de votre force?
           Je crois que la vie est une lutte quotidienne, et encore plus quand on est reine! Nous avons beaucoup de responsabilités.
         Même aujourd’hui, où je ne suis plus au pouvoir, mes compatniotes attendent beaucoup de moi. C’est pourquoi je dis qu’on peut perdre
         son pays, des êtres chers, sa position, ses possessions, mais il ne faut jamais se laisser abattre par le mal incarné
à mes
yeux par la R
épublique islamique.
 

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