L'ancienne reine d'Iran rompt le silence
Pour la première fois depuis la mort de son mari en 1980, celle qui fut la première dame d'Iran se livre dans un ouvrage plein d'émotions. Farah Pahlavi publie ses Mémoires chez XO éditions, à l'heure où l'on reparle des Droits de l'Homme avec Shirin Ebadi, Prix Nobel de la Paix.
Farah Diba, issue d'une famille de la classe bourgeoise iranienne, part étudier l'architecture à Paris. Ironie du sort: la citoyenne rencontre pour la première fois son roi, le Shah d'Iran Muhammad Reza Pahlavi, alors en voyage officiel dans la capitale française. Une entrevue succincte, mais qui sonne comme le prélude à un destin exceptionnel. De retour en Iran, Farah a l'honneur d'être invitée, par le biais de son oncle, à prendre le thé chez la princesse Shahnaz, fille du roi iranien aperçu quelques mois plus tôt à Paris. Le Shah est présent. Lors de cette seconde rencontre, cette fois en privé, il tombe sous le charme de la jeune femme.
Elle a vingt ans, lui en a trente-huit. Mais qu'importe la différence d'âge: le coeur a ses raisons... Le mariage est célébré le 21 décembre 1959. Le peuple iranien s'enchante de la présence et la beauté de sa toute jeune reine. Dès lors, la simple citoyenne iranienne va se dévouer corps et âme pour représenter et servir dignement son pays. En lui offrant, en premier lieu, un héritier: le prince Reza naît un an à peine après leur mariage. Farah assume ses fonctions de reine d'Iran avec zèle et un sens des responsabilités.
Elle doit composer entre vie familiale, éducation de ses quatre enfants, actions caritatives et des relations diplomatiques internationales souvent délicates: guerre froide, relations tendues entre les blocs communiste et libéral, la montée de l'intégrisme religieux... Le règne du Shah d'Iran se démarque par son désir de faire de son pays une monarchie démocratique, moderne, ouverte d'esprit et à l'économie florissante. Cet élan de réformes prend le nom de Révolution Blanche. L'émancipation des femmes, la scolarisation des enfants et les soins médicaux apportés aux malades de la lèpre restent les causes qui mobilisent le plus l'attention de Farah Pahlavi.
Farah espère voir un jour la lumière vaincre l'obscurité qui asphyxie son peuple. Pourtant, la modernisation du pays ne se fait pas de manière si évidente. Le fanatisme religieux avance dangereusement. Un ayatollah particulièrement virulent, Ruhollâh Khomeyni, exhorte le peuple à se rebeller contre le Shah. Khomeyni est arrêté et condamné à l'exil. Les tensions montent, les manifestations se font de plus en plus violentes, les tentatives d'attentats contre le roi et l'ensemble de la monarchie se multiplient.
En janvier 1979, la famille royale se voit dans l'obligation de s'exiler pour réduire les tensions, et répond favorablement à l'invitation d'hospitalité du président égyptien Sadate. Suivront le Maroc, les Bahamas, le Mexique, les États-Unis... Soit vingt ans d'errance à travers le monde, peu d'États ne voulant prendre la responsabilité d'accueillir une famille fuyant son pays. En avril 1979, la République islamique d'Iran est proclamée. En juillet 1980, le Shah décède d'un cancer au Caire. Reza reprend, symboliquement, les fonctions de son père. Mais la lignée royale iranienne a perdu son prestige. Farah n'est jamais retournée dans son pays, mais espère voir un jour la lumière vaincre l'obscurité qui asphyxie son peuple. Une lueur d'espoir, peut-être, portée par Shirin Ebadi, militante iranienne des Droits de l'Homme, qui vient de recevoir le Prix Nobel de la Paix. J. S.
Paru le : 19/10/03 (Magazine / 7hebdo)