EMPRESS FARAH PAHLAVI - L'Eventail


Farah Diba démultiplie toujours sa vie Elle a connu un destin romanesque exceptionnel qui lui a souvent fait dire qu’elle a déjà vécu plusieurs vies,
tant Ia sienne a été intense. Pour L’Eventail, qu’elle a reçu à Paris, l’impératrice d’Iran évoque les années du règne Pahlavi, ses liens avec la famille royale de Belgique et,
 tournée vers l’avenir, l’espoir qu’elle nourrit pour son pays.
© L'Eventail
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L’Eventail — Majesté, près de trente ans après sa chute, la monarchie iranienne suscite toujours beaucoup d’intérêt. Ente,noignent Ia médiatisation qui a entouré la publication de vos Mémoires,
parues en 16 langues ou encore les très nombreuses (lettres et courriers que vous recevez quotidiennement. Comment expliquez-vous cette fascination qui va bien au-del
à de la diaspora iranienne?

S.M.I. Impératrice d’Iran — Cela tient je crois à plusieurs raisons. L’lran est un pays important dans la region du Moyen-Orient, la civilisation perse jouit d’un
grand prestige par son histoire plusieurs fois millénaire,
sa richesse culturelle et tout ce qu’elle a pu apporter dans des domaines tres differents, que ce soit les arts,
l’architecture, la littérature mais aussi les sciences, la philosophie ou la poésie. La Perse reste mythique aux yeux de bien des gens, même si les événements dramatiques
qu’a connus L’Iran il y a trente ans ont véritablement déstabilisé ce pays et fait le lit du fanatisme et du terrorisme international. Je pense que beaucoup de gens se
rendent compte aujourd’hui combien Le pays se développait et allait de l’avant sous le règne du Shah. Si la monarchie inspire une forme de nostalgie ou de fascination
c’est aussi parce qu’elle a apporté sous le règne de mon mari tellement de changcments pour la population, que ce soit au niveau de la culture et de l’ėducation,
du développement industniel du pays, de la réformc agraire, de la condition de la femme, ou encore des relations amicales que nous entnetenions avec nos voisins et
beaucoup de pays dans le monde. L’Iranien était respecté partout. Enfin, je pense que le drame de notre vie, l’exil qui a fait suite à la rėvolution islamique, la façon dont
nous avons ėtė traités, ballottés d’un pays à l’autre, ont ėtė suivis dans le monde entier à travers les mėdias comme l’avaient ėté les temps hcureux de la naissance de mes
enfants ou auparavant, de ma rencontre avec le Shah. Mon destin personnel s’apparentait alons à une sorte de conte de fées des temps modernes puisqu’une simple
jeune fille, étudiante à Paris, allait devenir reine puis impératrice d’Iran. Si l’opinion publique nous témoigne de l’intérêt, c’est aussi parce que l’espoir n’est pas perdu;
mon fils, Le prince Reza, continue à se battre pour la liberté en Iran aux côtés d’Iraniens d’opinions politiques différentes. Ce qu’il souhaite pour notre pays, c’est la démocratie,
un état laïc et l’intégrité territoriale. Le jour où, je l’espère, l’Iran sera libre, ce sera au people iranien de decider s’il veut une monarchie constitutionnelle ou une autre
forme de gouvernement démocratique, ce qui fait que l’histoire n’est pas terminėe.

L’Eventail — Vous vous partagez aujourd’hui entre Paris, Le Caire et les Etats-Unis où le couple héritier habite avec ses enfants. Quelle est la part d’identité iraniennc de
vos petites-filles qui n’ont jamais connu le pays de leurs parents et de leur grand-mère? Comment la vivent-elles?


S.M.I. Impératrice d’Iran Pour mes petites-filles, c’est un peu difficile parce qu’elles ne peuvent pas vraiment se rendre compte; alors, je leur pare de
temps à autre de l’Iran, de ce que je faisais et de qui j’étais; je leur montre des photos du pays et puis nous avons évidemment conservé nos fêtes traditionnelles cormme
le Nouvel An iranien. Ainsi, à travers la culture, la cuisine, les traditions et la langue, puisqu'elles apprennent le persan — nous essayons de leur transmettre un peu de
l’identité de leur pays. Les princesses Noor et Iman savent ce que fait leur père, connaissent l’histoire de leur famille et éprouvont une certaine responsabilité
malgré leur jeune age. Ainsi, il y a quelques temps, alors que Noor m’accompagnait dans un grand magasin aux Etats Unis, on me fit savoir que les dames
iraniennes qui y travaillaiont souhaitaient me rencontrer. Bien qu’elle soit timide, ma petite-fille m’a spontanément conduite vers elles pour aller les saluer parce qu’elle
savait que cela allait leur faire plaisir. Ce sont des petits gestes, mais j’apprécie ce sentiment de devoir.

L’Eventail — C’est en tant qu’étudiante que vous découvrez la Belgique à travers l’Expo58. Quelques années plus tard, c’est en tant que reine quo vous accueillerez
Leurs Majestés le roi Baudouin et la reine Fabiola. Pouvez-vous évoquer vos rencontres avec les souverains belges, notamment à Téhéran et à Persépolis?

S.M.I. Impératrice d’Iran Je me souviens trés bien du voyage de Leurs Majestés Ic Roi et la Reine en Iran. Le Shah et moi étions particulièrement
heureux de les accueillir. J’ai accompagné S.M. Ia reine Fabiola lors de la visite de nos associations culturelles et d’aide à l’enfance puis nous les avons invités dans la
ville de Chiraz, qu’ils ont je crois beaucoup appréciée. Plus tard, ils sont revenus à Persépolis pour fêter les 2.500 ans de la monarchie.
Durant les années d’exil, j’ai pu compter sur l’amitié fidèle du Roi. Ainsi, il a été très attentionné. Lorsque nous étions en Egypte, il est venu à résidence où nous
séjournions pour déjeuner avec moi et les enfants et, en ces temps très difficiles, cela m’a beaucoup touchée. J’avais une grande affection pour le Roi et la Reine que j’ai
d’ailleurs revus plusieurs fois à Bruxelles à titre privé. Nous avions ensemble de longues conversations sur le destin, le sens de la vie et ils ont été pour moi d’un précieux
soutien. Lorsque j’ai appris la disparition du roi Baudouin, j’ai été trės attristée de perdre cet ami pour lequel j’avais de l’admiration, autant pour la personne de grande qualité
qu’il était que pour le monarque, car je sais combien il a été important pour la Belgique. Aujourd’hui, mon fils ainé le prince Reza entretient des relations d’amitié avec
le prince Laurent et, si je n’ai pas souvent l’occasion de les voir, j’ai également beaucoup d’estime et d’affection pour Leurs Majestés le roi Albert II et la reine Paola et
toute la famille royale.

 L’Eventail — Dès le debut de votre règne, vous avez eu à coeur d’initier des projets culturels et humanitaires ou d’en être le moteur.
Quels sont aujourd’hui, Majesté, les causes qui reçoivent votre soutien et que vous souhaiteriez particulièrement mettre en lumière?


S.M.I. Impératrice d’Iran Depuis longtemps. j’ai choisi de consacrer mon temps et mon énergie à aider mes compatriotes. Les demandes qui me
 parviennent sont très nombreuses et bien des gens pensent que j’ai encore aujourd’hui les moyens dont je disposais au palais, ce qui
n’est hélas plus le cas. Cependant. quand je peux aider, même à travers un reseau de connaissances ou de soutiens, je le fais.
II y a quelque tcmps. par exemple. avec l’aide de l’Aga Khan, j’ai eu le bonheur de permettre à un fils qui habitait aux Etats Unis, de retrouver son père. ismaélite,
qui vivait à Téhéran et dont il n’avait plus de nouvelles depuis plus de vingt ans! Je voudrais également évoquer la fondation dans laquelle s’est investie ma belle fille,
la princesse Yasmine, The Foundation for Children of Iran, qui a pour mission de faire soigner aux Etats-Unis les enfants iraniens qui ne peuvent l’être dans leur pays
pour des raisons médicales ou financières.
Enfin, je désire depuis longtemps initier la création d’une UNC, Sport Sans Frontières, qui, comme Médecins Sans Frontières,
serait présente sur les cinq continents et qui récolterait les fonds destinés à l’achat d’équipements sportifs pour les jeunes des pays défavorisés. Je considère que le
sport évite le désoeuvrement, éloigne de la violence et porte en lui des valeurs saines. J’espère que ce projet ambitieux pourra bientôt voir le jour.
(Propos recueillis par Fabien Weyders)


SMI Farah Pahlavi, impératrice d’lran, accompagnée de son fils le prince Reza, et ses petites-filles Noor, Farah et Iman,
ainsi que la princesse Yasmine, dans leur résidence du Maryland, en mars 2008. 
© PHOTONEWS
 

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